Groupe électrogène solaire : ce que c'est vraiment et ce qu'il peut alimenter en hiver

Les vendeurs parlent de « groupe électrogène solaire » ou de « générateur solaire » pour un appareil silencieux, sans essence, qu’on peut utiliser dans le salon. L’idée séduit pour se préparer aux coupures. Mais le soleil d’hiver est faible, et c’est justement l’hiver que les coupures pèsent le plus. Voici ce que c’est vraiment, et ce qu’on peut en attendre, chiffres à l’appui.
Ce n’est pas un groupe électrogène
Un groupe électrogène, au sens strict, associe un moteur thermique et une génératrice : c’est la définition du Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française. Le « groupe électrogène solaire » n’a pas de moteur. C’est en réalité :
- une station électrique portable : une batterie, un onduleur et des prises dans un même boîtier ;
- un ou plusieurs panneaux solaires, souvent pliables, qui la rechargent.
Il se recharge aussi sur une prise de courant quand le réseau fonctionne, ce qui permet de le préparer avant une coupure annoncée. Pour comparer les stations, voir notre rubrique stations portables.
Son grand avantage : pas de moteur, pas de monoxyde de carbone
Sans moteur, il n’émet ni bruit ni gaz d’échappement. Une station conçue pour un usage intérieur peut donc s’utiliser dans la maison, en respectant sa notice : ventilation, température, recharge, appareils branchés. C’est une vraie différence avec un groupe thermique : d’après Santé.fr, près de 5 000 personnes sont intoxiquées chaque année en France par le monoxyde de carbone, et les groupes électrogènes doivent toujours rester dehors. Après la tempête Ciaran en 2023, l’ARS Bretagne a compté un décès et une cinquantaine d’intoxications, presque toutes liées à de mauvais usages de groupes.
Il n’a pas non plus besoin d’être branché sur le tableau électrique : les appareils se branchent directement sur ses prises. Pas besoin d’inverseur de source.
Ce que produisent les panneaux, hiver comme été
Nous avons simulé avec PVGIS 5.3, l’outil de la Commission européenne, la production moyenne par jour d’un panneau bien installé : incliné à 35°, plein sud, avec 14 % de pertes, aux coordonnées du centre de Paris et de Marseille. Ce sont des moyennes sur les années 2005 à 2023 : elles ne prédisent pas la production d’un jour donné et ne garantissent rien pendant une coupure.
| Lieu | Panneau | Décembre | Janvier | Juin |
|---|---|---|---|---|
| Paris | 200 Wc | 0,26 kWh par jour | 0,28 kWh | 0,87 kWh |
| Paris | 400 Wc | 0,53 kWh par jour | 0,56 kWh | 1,74 kWh |
| Marseille | 200 Wc | 0,58 kWh par jour | 0,63 kWh | 1,10 kWh |
| Marseille | 400 Wc | 1,16 kWh par jour | 1,26 kWh | 2,20 kWh |
À Paris, un panneau produit en décembre environ trois fois moins qu’en juin. À Marseille, environ deux fois moins. Et ce sont des moyennes : une journée grise de décembre produit nettement moins, une belle journée davantage.
Ces chiffres valent pour un panneau fixe bien orienté. Un panneau pliant posé au sol, souvent mal incliné ou à l’ombre une partie de la journée, produira probablement moins.

3 000 W, 6 000 W : ce que veulent dire les chiffres
Les « groupes électrogènes solaires » sont souvent vendus avec une puissance en watts : 3 000 W, 6 000 W. Ce chiffre indique ce que la station peut fournir à un instant donné, pas combien de temps. La réserve d’énergie se lit en wattheures (Wh) : en théorie, et hors pertes, une station de 2 000 Wh peut fournir 2 000 W pendant une heure, ou 200 W pendant dix heures. Et quelle que soit sa taille, sa recharge solaire reste limitée par les panneaux, comme le montre le tableau ci-dessus.
Ce que cela permet d’alimenter
Pour se faire une idée, comparons avec un appareil qu’on veut garder en marche pendant une coupure : le réfrigérateur. D’après l’ADEME, un réfrigérateur simple consomme en moyenne 201 kWh par an, soit environ 0,55 kWh par jour.
- À Paris en décembre, un panneau de 400 Wc produit 0,53 kWh par jour en moyenne : à peu près de quoi faire tourner ce réfrigérateur, pas plus.
- Un panneau de 200 Wc n’en couvre qu’environ la moitié.
- À Marseille, 400 Wc produisent en moyenne plus de deux fois ce que consomme ce réfrigérateur.
Ce sont des bilans sur une journée, pas une garantie de fonctionnement continu : le soleil produit le jour, le réfrigérateur consomme aussi la nuit, et la batterie comme l’onduleur font perdre une partie de l’énergie.
En hiver, le solaire sert donc surtout à prolonger une station chargée à l’avance, pas à alimenter une maison. Pour le chauffage, c’est hors de portée : un radiateur de 2 000 W consomme 2 kWh en une heure. Voir notre page consommation d’un radiateur électrique.
Quelle batterie pour faire tourner un réfrigérateur ?
Comptez d’abord la consommation à couvrir : environ 0,55 kWh par jour pour le réfrigérateur simple de l’ADEME, soit 1,1 kWh pour deux jours sans soleil. Une station annoncée à 1 kWh ne suffit donc pas pour deux jours : la capacité réellement utilisable est inférieure à la capacité affichée, et la conversion fait perdre de l’énergie. Prévoyez de la marge, et vérifiez dans la notice de la station qu’elle peut alimenter un réfrigérateur, dont le moteur demande plus de puissance au démarrage.
Groupe solaire ou groupe thermique ?
| Votre besoin | Le plus adapté |
|---|---|
| Garder le frigo, la box, l’éclairage et les téléphones pendant quelques heures | Station portable, chargée à l’avance |
| Tenir plusieurs jours en été, ou dans le Sud | Station avec panneaux solaires |
| Tenir plusieurs jours en hiver dans le Nord, ou alimenter un chauffage | Groupe thermique, dehors |
Les deux se complètent souvent : une station pour les premières heures et la nuit, un groupe pour les longues coupures. Pour le groupe thermique, voir notre page groupe électrogène. Pour la production d’un panneau pliant, voir notre page panneau solaire portable.
Sources
- Commission européenne, Centre commun de recherche – PVGIS 5.3, calculs du 30 octobre 2026 (Paris et Marseille, 200 et 400 Wc, 35°, plein sud, 14 % de pertes)
- Office québécois de la langue française – Grand dictionnaire terminologique, fiche « groupe électrogène »
- ADEME – Clés pour agir : Comment réduire sa facture d'électricité ? (décembre 2024, PDF)
- Santé.fr – Monoxyde de carbone (29 avril 2020)
- ARS Bretagne – Communiqué « Groupes électrogènes et chauffages d'appoint », 10 novembre 2023 (PDF)



